fbpx

Miroir Maîtresse d’un homme marié – épisode 23

par | 21 Avr, 2019 | Nouvelles | 0 commentaires

 

Je prépare le potage de Assane. Ce soir, je vais rater le début de la série. Maxalla, j’ai passé tout l’après-midi dehors à courir dans tous les sens. Je rouspète intérieurement, tout en m’activant dans la cuisine. Mon téléphone sonne, c’est ma fille qui prend de nos nouvelles. Je réponds machinalement. Je n’ai pas envie de parler. Tout me soûle. Assa a est déjà installé devant la télé. Depuis dix années maintenant , il ne quitte cette place que pour regagner son lit tard la nuit. Notre vie se résume à cela.

Je finis le repas, sors de la cuisine et lui demande s’il souhaite dîner tout de suite. Il me répond non par le regard. Je viens m’asseoir au moment où la série commence. Le regard de Assane est réprobateur, je décide d’en faire fi. Au point où j’en suis, je m’en fous complètement de ses sentiments. J’ai passé les 30 dernières années de ma vie à m’occuper des siens. Merde à la fin!!!!

Mon téléphone vibre, encore un vocal de ma fille, je décide de pas répondre.

La scène entre Racky et sa mère me met dans un état particulier, je ris pendant que les yeux s’embuent. Si seulement j’avais eu la même possibilité, je me serai enfuie loin très loin…

Raky en a eu de la chance, je trouve. Sa mère lui a demandé son avis sur la proposition de mariage avec Bacary. Je ris.

—-

Nous sommes en pleine période d’examen, préparant notre BFEM. Il ne nous reste plus qu’un mois. Avec des amies, nous pus sommes organisés en groupe de travail. Nous rendant tour à tour chez l’un ou l’autre.
Les théorèmes de Thales et Pythagore tournent en boucle dans ma tête. J’arrive à la maison en récitant de tête mes leçons sur Le Japon du Meiji, la guerre froide ou la coexistence pacifique. On a visionné un film sur la « naissance » de l’Allemagne nazie.

Je trouve ma mère et mon père assis dans la cour, je les salue machinalement, fais une génuflexion devant mon père tout en continuant ma récitation. Je m’apprête à enter à l’intérieur de la maison, quand celui-ci me rappelle. « Aicha ! », je me fige, le reste de la leçon disparaissant dans les méandres de mon cerveau . Il ne m’appelle comme cela qu’en cas de colère ou de grande discussion. Qu’ai je fait? Je vérifie d’un coup d’œil ma tenue. Non rien de ce côté. Je regarde ma mère, elle fait mine de ne pas me voir. Je suis inquiète. Je rebrousse chemin et viens m’accroupir devant mon père.
– Tu as passé une bonne journée
– (C’est quoi cette question bizarre, depuis quand il s’intéressait à mes journées) Oui
– Alhamdoulillah!
– Tu sais ma fille, tu es l’aînée et je place beaucoup d’espoir en toi.
– (Je baisse les yeux)
– Ta mère et moi prenons de l’âge à présent
– (De quoi il parle ma mère vient à peine d’avoir 50ans, c’est lui qui prend de l’âge, oui)
– Tu deviens une femme. Et les tentations à ton âge sont nombreuses. Il est de notre devoir de penser à ton avenir. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle t’a éduquée parfaitement, comme elle-même l’a été. Tu sais très bien, ce que tu dois faire de ce que tu ne dois pas. Tu es issue d’une famille noble. Xajju ñu ci gacce.
– Oui
– J’ai reçu la visite de ton oncle Assane, tu connais les liens que nous avons. Il est mon ami depuis très longtemps.
– Oui (C’est lui qui est allé chercher ma mère et l’a installée dans son domicile conjugal, après son mariage avec mon père)
– Je t’ai remise entre ses mains. J’ai accepté de sceller votre union. Ça a été fait ce jour. Tu rejoindras le domicile conjugal dès la semaine prochaine.
– (Complètement abasourdie) Et mon examen?
– Il te laissera le passer. J’en ai convenu avec lui. C’était la condition préalable à mon acceptation. Après ton examen par contre. Il sera de son ressort de choisir si tu continues tes études ou pas.
– Yaay ! (Je sens un sanglot qui me monte à la gorge) Yaay! (Elle ne me regardait plus) Ay Yaay! Xana do ma bayyi li nga dajj ma dajj ko! (Je n’ai pas vu la gifle arriver, je me suis juste écroulée sous la violence du coup. Elle y a mis tout ce qu’elle n’arrivait pas à exprimer. Je suis restée au sol)

Je n’ai pas dormi de la nuit, je n’ai pas osé en parler à l’école ni à aucun de mes amis. À quoi bon? Ce qui est fait est fait.

À la fin de la semaine, je rejoignais le domicile conjugal. Je n’ai jamais remis les pieds à l’école. Mon examen, je ne l’ai jamais passé.

À 17 ans j’étais déjà maman.

Assane a eu un AVC il y a déjà quelques années qui l’a laissé totalement paralysé.

De fille, je suis passée à épouse, ensuite mère, et je finis ma vie comme aide-soignante d’un mari grabataire, que je n’ai jamais aimé.

Je lâche un long tchiipppp à la fin de l’épisode retourne dans la cuisine, récupérant le potage laissé sur le chauffe-plat.
Reviens m’installer à ses côtés, lui mettant un torchon autour du cou, évitant ainsi qu’il se salisse de partout.
De toutes les façons ce sera à moi de nettoyer dans tous les cas. Je porte la première cuillerée à sa bouche l’obligeant délicatement à desserrer la mâchoire pour faire passer tous ces liquides qui lui servent de nourriture. Une larme coule le long de sa joue, que je m’empresse d’essuyer avec la petite serviette qui ne me quitte plus jamais.

Raky a eu plus de chance que moi.

@dukokalam

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

code

D’AUTRES PETITS RIENS…

Bannière du Podcast conversations féminines. Portrait de Zoubida Fall

« Conversations féminines », une série d’épisodes sur la place des Femmes au Sénégal

Elles sont des femmes, sénégalaises ou d’origine sénégalaise. Aux profils divers et provenant de diverses classes sociales. Pendant une heure et sur un ton intimiste, nous interrogerons avec elles leur place. De celle qu’on leur a assigné à ce qu’elles en ont fait. (…)

D’une génération à une autre et si nous entamions cette conversation…

photo de penda Mbow avec une citation

Penda Mbow: une vie de lutte. Contre l’injustice, les castes et l’obscurantisme

On vit dans une société de dissimulation... où tout ce qu'on fait, même la violence, on la dissimule.   Biographie de Penda Mbow Docteure en histoire médiévale, médiéviste, militante pour les droits des femmes et en faveur de la suppression des castes, ministre de la...
Portrait de FATIMATOU ZAHRA DIOP - Citation : Aussi longtemps que je me souvienne, j'ai été heureuse - Vignette du podcast Conversations Féminines

Sur le recul du langage et de la société, Fatimatou Zahra Diop est sans concession mais c’est par amour pour le Sénégal.

À l'image de cette conversation aux multiples sujets, il ne pouvait y avoir qu'une seule citation mise en exergue.J'espère que vous les apprécierez l'une comme l'autre pour ce qu'elles sont, ensemble et séparément. Même quand les gens s’expriment en wolof, et ça...
Kalista Sy

Infertilité, traumatismes : Kalista Sy puise dans sa douleur pour créer.

- Quand tu me donnes quelque chose de mal, je te fais comprendre que tu me fais quelque chose de mal mais je te rends pire. Il faut montrer aux gens qu’on est capable d’être pas forcément à leur niveau mais à un niveau supérieur. (…) - Tu sais y’a quand même une...

Pin It on Pinterest

Donnez de la force à du Kokalam

Partagez sur les réseaux sociaux : ça m'aide vraiment beaucoup pour faire connaître le podcast Conversations Féminines et tous les parcours de ces femmes incroyables.